La plupart des plans de contenu sont construits autour de thèmes : ce qui intéresse l’audience, ce que les internautes recherchent, les sujets qui n’ont pas été abordés depuis longtemps. La logique est compréhensible, mais elle comporte un angle mort. Le thème répond à la question « de quoi parle-t-on ? », et presque jamais à la question « pour qui, précisément, maintenant ? ». Résultat : le blog se remplit de contenus de qualité qui ne servent qu’une seule étape : celle de la personne qui est encore simplement en phase d’exploration.
L’entonnoir pose la question autrement. Le lecteur qui entend parler d’une catégorie pour la première fois et celui qui compare deux offres commerciales ont besoin de textes radicalement différents. L’automatisation est utile ici non pas parce qu’elle produit davantage de contenus, mais parce qu’elle permet de couvrir toutes les étapes sans faire grossir l’équipe éditoriale.
Trois états du lecteur, plutôt que trois types de textes
Les appellations TOFU, MOFU et BOFU sont pratiques, mais elles prêtent à confusion : elles ressemblent à des genres, alors qu’elles décrivent l’état d’esprit d’une personne.
En haut de l’entonnoir, le lecteur ne considère pas encore sa situation comme un problème nécessitant une solution. Il lui faut un contenu qui nomme clairement le problème et en montre le coût. Il est trop tôt pour mentionner le produit : cette mention ferait plutôt office de bruit.
Au milieu, la personne a reconnu le problème et étudie les différentes approches. Elle ne compare pas des marques, mais des méthodes : faire soi-même, faire appel à un prestataire ou automatiser. Des analyses des différentes options, présentant honnêtement les limites de chacune, lui sont utiles.
En bas de l’entonnoir, le choix s’est réduit à quelques options concrètes et les questions deviennent très terre à terre : combien de temps prendra la mise en œuvre, que deviendront les données déjà accumulées, qui sera responsable de la qualité ? Un contenu qui ne répond pas à ces questions ne participe tout simplement pas à la décision.
Pourquoi l’automatisation échoue généralement en bas de l’entonnoir
La génération à grande échelle est particulièrement efficace en haut de l’entonnoir. Les contenus généralistes exigent une vaste culture et une bonne structure — précisément ce que les modèles de langage savent faire avec assurance.
Plus on descend dans l’entonnoir, plus le contenu dépend de spécificités : délais réels, limites du produit, organisation des processus. Le modèle ne connaît rien de tout cela et, si on ne l’arrête pas, il l’inventera. On obtient alors le scénario typique : un blog avec une centaine d’articles généralistes et un vide complet là où les décisions sont prises.
La conclusion n’est pas qu’il est impossible d’automatiser le bas de l’entonnoir. Il faut plutôt automatiser la forme et fournir les faits en entrée. Le scénario de mise en œuvre, la liste des limitations et l’ordre réel des étapes sont des données fournies par l’équipe, et non générées par le modèle.
La bonne proportion est rarement uniforme. Le haut de l’entonnoir exige du volume : il capte un trafic large, et c’est là que l’automatisation offre le meilleur retour par unité d’effort. Le milieu exige une grande précision dans les formulations et se prête à une automatisation partielle : le système crée la structure et le brouillon, tandis qu’une personne affine les évaluations comparatives. Le bas de l’entonnoir exige des informations concrètes et passe presque toujours par un expert.
Un repère pratique : plus la vente est coûteuse et longue, plus il faut accorder de poids aux étapes inférieures. Pour les achats courts et impulsifs, le haut de l’entonnoir peut couvrir presque tout le parcours.
Des textes distincts pour chaque étape ne fonctionnent pas s’il n’existe aucun passage de l’un à l’autre. Le lecteur qui vient de terminer un article généraliste doit voir apparaître l’étape suivante — un contenu situé un demi-palier plus bas, et non un formulaire de demande de contact.
L’automatisation est ici utile non pas pour générer du contenu, mais pour assurer la cohérence de l’ensemble. Le système sait à quelle étape appartient chaque contenu et ajoute un lien vers la suite logique. Ce maillage interne se met à jour automatiquement lors de la publication de nouveaux textes et ne nécessite pas de réexaminer manuellement les archives.
Que mesurer à chaque étape
La fréquentation globale du blog reflète mal le fonctionnement de l’entonnoir : une hausse du trafic signifie généralement simplement que le haut de l’entonnoir s’est étoffé. Il est plus utile d’examiner chaque étape séparément.
Pour le haut de l’entonnoir, il est pertinent de suivre la proportion de lecteurs qui passent au contenu suivant. Pour le milieu, on peut mesurer les retours et la profondeur de lecture. Pour le bas, il ne faut pas regarder les vues, mais la participation du contenu à de véritables ventes : le texte a-t-il été intégré à un échange avec un client ? Les commerciaux s’y sont-ils référés ?
Cette dernière métrique est la plus sous-estimée. Un article que l’équipe commerciale envoie chaque semaine à ses clients apporte davantage de valeur qu’une dizaine de contenus enregistrant un trafic élevé.
Par où commencer
Il faut commencer par un audit. Répartissez les contenus existants entre les trois étapes : le déséquilibre apparaîtra presque toujours, et presque toujours en faveur du haut de l’entonnoir.
Ensuite, comblez le maillon le plus étroit, et non le plus simple. Il s’agit généralement du milieu : des analyses comparatives qui exigent de prendre position, sans nécessiter de données confidentielles. Ce n’est qu’après cela qu’il faut mettre en place un flux régulier de contenus de haut de tunnel, que l’automatisation pourra maintenir avec une intervention humaine minimale.
L’objectif de l’exercice n’est pas d’écrire davantage. Il est de faire en sorte que le contenu ne serve plus uniquement ceux qui n’ont encore rien à choisir.